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 guerre froide

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Esther Bauer
MESSAGES : 169

MessageSujet: guerre froide    Dim 21 Juin - 16:50

lorsque j'ai sonné à la porte, d'une main tremblante et indécise, inquiète de ce que j'allais y trouver derrière, simon m'ouvre avec un grand sourire suspendu aux lèvres, et me prend dans ses bras en lâchant un «  ça fait longtemps que l'on ne t'avait pas vu ! ». tout le long de la soirée, il n'a pas cessé de m'appeler « la déserteuse » puisqu'en quittant alec, j'avais également fait le choix de quitter toute cette bande de copains avec qui j'avais pris l'habitude de traîner depuis un an. malgré cette disparition si soudaine, ils m'accueillirent avec de l'amitié, manifestant chacun un peu d'intérêt à mon égard et me demandant parfois où en étaient mes projets. dans leur regard subsistait un éclat de gêne que je ressenti comme l'instauration nouvelle d'une distance entre eux et moi. de ma personne émanait un sentiment de culpabilité, que chacun ressentait selon différents degrés. les personnes les plus compatissantes posaient une main amicale sur mon épaule, s'excusant peut être de m'avoir tourné le dos et de n'avoir pas cherché à avoir de mes nouvelles. suzanna passait derrière moi en me chuchotant des mots rassurant à mon oreille. c'était elle qui m'avait convaincu de venir quand elle m'avait informé de la soirée autour d'un café en me détaillant un à un la liste des invités. chaque prénom cité me donnait un peu plus l'envie de les revoir. suzanna m'avait prévenu qu'alec sera présent, mais, naïvement, j'avais pensé qu'après trois mois il aurait oublié toutes ces vieilles rancœurs.
dans le lot des invités, certaines têtes m'étaient inconnues. on me les présentait comme la nouvelle copine d'untel ou un camarade de promo. je préférais leur compagnie qui était moins pesante que celle de mes anciennes connaissances.
après avoir fini de saluer tous les invités, j'étais rassurée de ne pas avoir encore croisé alec. j'imaginais qu'il n'était pas encore arrivé, et que je pourrai tranquillement démarrer une conversation avec quelqu'un avant de devoir affronter ses regards noirs. seulement, après ces nombreux « bonjour », « comment ça va ? », je me retrouva seule avec mes mains sales et ma mauvaise odeur au centre de la pièce, noyée dans le bruit des conversations que les gens avaient repris avec leurs voisins après mon passage furtif dans la foule. suzanna est venue me débarrasser de mon manteau, et avait remplacé mon sac à main par un verre de vin blanc dans ma main droite. markus, un gars à la conversation facile, se joint à moi. après m'avoir posé quelques questions coutumières et conventionnelles sur mes projets actuels et à venir, il se lança dans un monologue sur sa prochaine collaboration avec un metteur en scène reconnu. je hochais parfois la tête ou le gratifiais de félicitations et de commentaires d'encouragements. mais je restais très silencieuse, ce qui n'était pas habituel pour quelqu'un comme moi qui aime monopoliser les conversations. la situation me rendait extrêmement mal à l'aise, et je m'en voulais déjà d'être venue. je m'imaginais prétexter une excuse et m'éclipser, mais dès que je fixais trop longuement la porte d'entrée, suzanna arrivait derrière moi pour me demander si tout allait bien. ses gentillesses suffisaient pour me faire renoncer à mes projets d'évasion. je restais là, au beau milieu de tout (et de mes souvenirs qui me rongeaient l'esprit).  

une demi-heure s'était écoulée depuis mon arrivée, et je n'avais pas encore aperçu alec. j'espérais qu'il ait fait le choix de ne pas venir en apprenant ma visite, mais j'étais en même temps animée par l'envie de voir son visage, qui s’effritait peu à peu dans ma mémoire. j'aimerai redorer son souvenir et les moments passés ensemble. enregistrer son image pour nourrir mes réminiscences de ses mouvements et de sa démarche nonchalante. de notre amour, il ne me restait désormais plus que que l'héritage de souvenirs partagés ensemble, et des vieux objets poussiéreux qu'un jour j'accepterais d'empaqueter dans un carton, que je rangerais dans le grenier de mes parents. mais ce jour n'était pas encore prêt d'arriver. j'avais l'envie de regonfler mon amour-propre alors j'avais sauté sur cette occasion de le voir de près.

j'avais beau chercher dans les recoins et les coins de la pièce son image, elle était absente. pourtant, je ressentais sa présence comme si son fantôme me suivait de très près et que je ne pouvais pas le voir de coin de l'oeil ni en me retournant complètement. je distingua la silhouette de quatre ou cinq personnes sur le balcon derrière la baie vitrée. l'atmosphère enfumée par les quelques cigarettes qu'ils étaient en train de griller m'empêchait de voir le visage de mon bourreau, tourné vers moi, fixant de ses yeux sombres ma misérable personne.

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Alec Popescu
MESSAGES : 61

MessageSujet: Re: guerre froide    Mar 23 Juin - 23:50

contrairement à elle, je la remarque dès qu'elle entre dans l'appartement, comme à peu près la majorité des autres personnes présentes. impossible de rater son arrivée, sa façon de déployer son corps d'amante religieuse (tmtc elisa) dans l'espace, avec sa couleur blanche, son parfum capitonné d'assurance mal placée. ça fait comme un appel d'air. je suis happé, mon visage se crispe. et je sens une douleur à l'épaule gauche, côté coeur.
je la suis des yeux tandis qu'elle s'avance vers la table basse et les canapés. est-ce qu'elle a sa place ici? quelques instants plus tôt, j'évoquais encore avec otto combien c'était sympa de se retrouver entre nous, le noyau dur. est-ce qu'esther faisait aussi partie de l'équipe aujourd'hui? elle en avait fait partie, c'est sûr. elle s'était étrangement bien intégrée, mais c'est quelque chose de naturel chez elle. esther sait faire son trou, n'importe où, et faire semblant d'y être bien même si en réalité elle est mal à l'aise. esther sait s'approprier les choses, les gens. esther est une meuf smart, elle a ça en elle, même si ça lui coûte.
une fois encore, c'est son audace qui l'a piégée. venir à cette soirée était un défi. si au début elle pensait réussir, je vois bien maintenant que ses prétentions s'effondrent. cela se voit dans sa façon de s'asseoir en bout de canapé et de serrer les jambes, dans son regard fuyant et interrogateur aussi. cela s'entend dans les discussions qui ne prennent plus, parce qu'après avoir échangé des banalités, les gens ne savent plus trop comment se comporter avec elle, vis-à-vis de moi. il n'y a bien que ce brave markus pour oser tâter le terrain. mais esther, c'est sur mon terrain que t'es ce soir.
le moment où nos regards se croisent dure plusieurs secondes. c'est long. surtout pour elle, j'imagine, assise là-bas, seule dans son coin. j'ai l'air tellement plus à ma place, ma clope à la main, les potes autour. je vais même jusqu'à lui décocher un petit sourire mesquin. un sourire popescu, avec juste le haut de la lèvre qui se plisse. j'en rajoute sur le mépris. mon morceau préféré de Bon Iver, c'est quand il dit "and at once i knew i was not magnificent". merde il me semble bien que c'est la preuve formelle que je suis dédaigneux, mais lucide. c'est important, c'est pour ça que je peux me le permettre. je me dis ça et je me sens fort. je sens le contact de l'épaule d'otto derrière moi, sa grosse voix rauque qui plaisante avec ralf au sujet des passants miniatures qui se promènent en bas de l'immeuble. mes meilleurs potes. mon entourage. j'ai au moins ça de mon côté. mais toi esther, t'as quoi ce soir à part ton petit téléphone que tu tiens entre tes doigts tous roses? t'es belle mon amour, mais ça se voit que t'es une fille tout droit sortie d'internet. tu détonnes ici.

claque sur l'épaule. otto me coule un regard entendu, du genre "i got your back". il a compris pourquoi je m'étais peu à peu absenté de la conversation depuis plus minutes. il me fait signe vers le salon, on bouge de la fenêtre. otto se dirige direct vers esther, qu'il n'a pas encore saluée. ralf se penche aussi sur elle, lui fait la bise. je pense à l'affolement qu'elle a du ressentir en nous voyant approcher. trois loups, louvoyant vers l'agneau blanc, pur et tellement attirant. ou si elle ne l'a pas ressenti, alors je me plais à l'imaginer.
viens mon tour. je m'assois en face d'elle, de sorte que seule la table basse nous sépare. otto et ralf s'effacent volontairement de cette partie du canapé en se penchant vers les personnes qui se trouvent de l'autre côté. je suis seul. comme esther. ma jambe droite s'agite et cogne contre la table, fait trembler les verres. mon regard est posé sur elle, par en-dessous. je commence à énumérer les mots qui me viennent à l'esprit. connasse, pute, pute, sale chienne, mon am-
et puis
quand je pense en être arrivé au point où je déteste sa présence, où énumérer les mots dans ma tête ne suffit plus et que je vais me mettre à les vomir à voix haute, c'est à ce moment-là que je m’aperçois comme un con que je suis prêt à me raccrocher à tout ce que je connais un peu pour que tout soit plus simple. je regarde ses yeux bleus, ses sourcils parfaits, sa bouche pincée, le grain de beauté dans son cou, et je me rends compte, au moment même où je suis sur le point de tout envoyer se faire foutre dans nos mémoires, que ça me rassure que certaines choses ne changent pas.
je me désamorce.
- qu'est-ce que tu fais là?

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Esther Bauer
MESSAGES : 169

MessageSujet: Re: guerre froide    Mer 24 Juin - 13:27

son regard me flingue, et son sourire narquois me dépèce de mon assurance masquée. je distingue désormais ces corps de glaise qui ont pris d'assaut les 4m2 du balcon : otto, ralf, et puis alec, son combustible à la main, son arme à feu, la brûlure sur mon sein. je range mon orgueil dans la poche de ma veste, zippe mon instant bravoure. je suis piégée. il est à sa place, moi pas. et il me le fait savoir.
je me réfugie sur mon portable, scrollant toutes les news facebook d'un doigt nerveux, attendant un appel à l'aide de la part d'un de mes contacts. personne. même pas malo pour me demander si ma soirée se passe bien. je fais mine de pianoter un sms sur mon clavier numérique, mais appui sur le bouton quitter au lieu d'envoyer. j'm'isole sur ma petite boîte connectée le temps d'évacuer les émotions, réfléchir à un plan de secours. trop tard. les trois prédateurs quittent leur estrade, et avancent à ma rencontre. ils me font regretter ma venue, me font me sentir minuscule quand ils arrivent vers moi de leur carrure d'homme. j'me sens insecte, assise sur le bord de ce canapé. j'suis ton moustique, alec. ce soir, je réveille les morsures que j'ai laissé dans ton cou. les boutons enflammés que tu grattes encore avec tes ongles. ces apparitions cutanées que j'ai laissé sur ta peau, et qui te démangent depuis le jour où je t'ai quitté. ce soir, j't'offre une dernière chance de m'attraper, et de m'écraser contre le mur blanc de notre chambre à coucher. et puis de notre amour, il ne restera plus qu'une traînée de sang coagulée et fétide, dans le blanc infini de tes draps. inconsciemment, je rentre mes épaules et me recroqueville sur moi-même. et il y a quelque chose qui tremble en moi, si ce n'est pas mes jambes, c'est peut être mon cœur. tu vois, je pensais être plus forte que ça, être capable de te faire face. mais te voir en chair et en os, sentir dans l'atmosphère la densité de ta présence, reconnaître tes mouvements limpides fait valser ma témérité. ton image, alec, provoque en moi la fugue de toutes mes responsabilités. j'glisse mon portable dans la poche de ma veste, à côté de mon courage et de mon orgueil. je suis désarmée.
otto et ralf me salue chacun leur tour, gentillement, un peu froidement. ils me font la bise, mais pas lui. pas de bonsoir, comment ça va. pas de ces formules conventionnelles. j'en vaut pas la peine.
otto prend la place de markus, qui est parti chercher une oreille plus attentive, à côté de moi, de sorte de m'enfermer entre le bord du canapé et lui. alec s'installe en face de moi, de l'autre côté de la table basse sur laquelle j'ai posé un peu plus tôt mon verre de vin blanc. il s'accapare mon champ de vision. otto me tourne le dos, il s'est lancé dans une conversation passionnante avec son voisin de gauche. me voilà prise au piège. si facilement.
 - suzie m'a invitée, lui dis je sur un ton d'excuse.
je cherche tout ce qu'il est possible et imaginable de faire pour éviter son regard pesant, pour occuper mes mains, pour combler le blanc. je fouille dans mon sac qui est à mes pieds pour y trouver le paquet de cigarettes que j'ai chipé à malo. il est quasiment vide, mais je m'en fous. j'en prend une et la glisse à mes lèvres, puis dans la flamme de mon briquet, j'aspire une bouffée et laisse consumer ma gêne dans ce tube de papier et de goudron. il se souvient sûrement que ce ne sont pas dans mes habitudes de fumer. je cherche à me donner de la contenance, à lui montrer que j'ai changé.
mais j'espère surtout qu'il ne remarquera pas mes doigts rongés.
je subis toutes les conséquences de cette distance que j'ai instauré entre nous : son visage fermé, ses yeux noirs, sa posture interdite. j’esquisse un sourire non bienvenu, relent de cette gêne que j'essaye de dominer. - tu savais que j'allais venir, non ? je cherche dans ses yeux un signe de pardon, de compréhension. mais qu'est ce qu'il pourrait me pardonner, quand je ne sais pas moi-même la raison ? amour, je ne t'ai pas déclaré la guerre, j'ai pris la fuite.
c'est peut être ça que nous ne comprenons pas.

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